Épargne salariale du dirigeant : utiliser la trésorerie de sa société avec le PEE, le PERECO et l'intéressement
Votre société dégage de la trésorerie. Vous hésitez entre augmenter votre rémunération, vous verser des dividendes ou laisser l'argent dormir sur le compte courant de l'entreprise. Il existe une quatrième voie, souvent oubliée par les dirigeants de TPE et PME : l'épargne salariale. Plan d'épargne entreprise (PEE), plan d'épargne retraite collectif (PERECO) et intéressement ne sont pas réservés aux salariés des grands groupes. Sous conditions, le dirigeant lui même peut en profiter, avec une fiscalité parmi les plus favorables du droit français.
Alors que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 est en discussion au Parlement et que la fin d'année approche, c'est le bon moment pour faire le point. Voici comment fonctionnent ces dispositifs, combien ils permettent de sortir de votre société en 2026, et dans quels cas ils sont pertinents.
Pourquoi l'épargne salariale intéresse directement le dirigeant
La plupart des dirigeants de 25 à 45 ans arbitrent leur rémunération entre deux leviers : le salaire (ou la rémunération de gérant) et les dividendes. Chacun a un coût. Le salaire supporte des cotisations sociales élevées et l'impôt sur le revenu. Les dividendes sont prélevés sur un bénéfice déjà soumis à l'impôt sur les sociétés, puis taxés au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux.
L'épargne salariale fonctionne différemment. Les sommes versées par l'entreprise (abondement, intéressement) sont :
- déductibles du résultat imposable de la société ;
- exonérées de cotisations sociales, hors CSG et CRDS de 9,7 % ;
- exonérées d'impôt sur le revenu pour le bénéficiaire, dès lors qu'elles sont placées sur un PEE ou un PERECO ;
- exonérées de forfait social dans les entreprises de moins de 50 salariés (et, pour l'intéressement, de moins de 250 salariés).
La contrepartie est simple : l'argent est bloqué, cinq ans sur le PEE et jusqu'à la retraite sur le PERECO, sauf cas de déblocage anticipé. C'est donc un outil de constitution de patrimoine, pas un complément de revenu immédiat.
Qui peut en bénéficier ?
Les conditions liées à l'entreprise
Le dirigeant peut adhérer aux dispositifs d'épargne salariale de sa propre entreprise lorsque celle ci emploie au moins un salarié en plus de lui même, et moins de 250 salariés. Le dirigeant seul, sans aucun salarié, n'y a pas accès : ces dispositifs ont un caractère collectif. Si le plan est mis en place, il doit être ouvert à tous les salariés, avec une condition d'ancienneté éventuelle limitée à trois mois.
Les dirigeants concernés
Sont visés les présidents et directeurs généraux de SAS et de SA, les gérants de SARL (majoritaires comme minoritaires), les membres du directoire, ainsi que l'entrepreneur individuel. Le conjoint ou partenaire de PACS collaborateur ou associé peut également en bénéficier. Le statut social importe peu : assimilé salarié ou travailleur non salarié, l'accès est le même.
Une exception mérite d'être signalée : la prime de partage de la valeur (PPV) n'est pas ouverte au mandataire social qui n'a pas de contrat de travail. Ce n'est pas le cas du PEE, du PERECO et de l'intéressement.
Les trois dispositifs à connaître
Le PEE et son abondement
Le plan d'épargne entreprise permet de placer des sommes sur des supports financiers (fonds diversifiés, monétaires, actions) pendant au moins cinq ans. L'entreprise peut compléter les versements de l'adhérent par un abondement, dans deux limites : 8 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit 3 844,80 € en 2026, et trois fois le montant versé par l'adhérent lui même. Pour toucher l'abondement maximal, le dirigeant doit donc verser au moins 1 281,60 € de sa poche.
Les versements volontaires sont eux plafonnés à 25 % de la rémunération annuelle brute (ou du revenu professionnel imposé l'année précédente pour un travailleur non salarié).
Le PERECO et son abondement
Le plan d'épargne retraite collectif fonctionne sur le même principe, mais l'épargne reste bloquée jusqu'au départ à la retraite. En échange, le plafond d'abondement est doublé : 16 % du PASS, soit 7 689,60 € en 2026, toujours dans la limite de trois fois le versement de l'adhérent (soit un versement personnel d'au moins 2 563,20 € pour le maximum).
À la retraite, la sortie peut se faire en capital ou en rente. Les sommes issues de l'abondement, de l'intéressement ou de la participation sortent en capital sans impôt sur le revenu ; seules les plus values supportent les prélèvements sociaux.
L'intéressement
L'intéressement est une prime collective liée aux résultats ou aux performances de l'entreprise, selon une formule définie à l'avance. Le montant individuel est plafonné à 75 % du PASS, soit 36 045 € en 2026, et l'enveloppe globale à 20 % de la masse salariale brute (rémunérations des dirigeants bénéficiaires comprises).
Depuis la réforme de 2022, une entreprise de moins de 50 salariés sans délégué syndical ni CSE peut le mettre en place par décision unilatérale de l'employeur, pour une durée de un à cinq ans. Point de vigilance : l'accord doit être conclu avant le premier jour de la seconde moitié de la période de calcul. Pour un exercice calé sur l'année civile 2027, il doit donc être signé avant le 1er juillet 2027.
Pour un dirigeant, la rémunération prise en compte est celle imposée à l'impôt sur le revenu au titre de l'année précédente. Un dirigeant qui ne se verse aucune rémunération et vit uniquement de dividendes verra donc sa part d'intéressement fortement réduite si la répartition est proportionnelle aux salaires. La rédaction de la formule de répartition est un point technique à soigner.
Combien peut on sortir de la société en 2026 ?
Voici les plafonds applicables en 2026, sur la base d'un PASS de 48 060 €.
- Abondement PEE : jusqu'à 3 844,80 € (8 % du PASS), bloqué 5 ans, exonéré d'impôt sur le revenu, soumis à la CSG CRDS de 9,7 %.
- Abondement PERECO : jusqu'à 7 689,60 € (16 % du PASS), bloqué jusqu'à la retraite, exonéré d'impôt sur le revenu, soumis à la CSG CRDS de 9,7 %.
- Intéressement placé sur PEE ou PERECO : jusqu'à 36 045 € (75 % du PASS), bloqué 5 ans ou jusqu'à la retraite, exonéré d'impôt sur le revenu, soumis à la CSG CRDS de 9,7 %.
- Versements volontaires du dirigeant : jusqu'à 25 % de la rémunération, bloqués 5 ans ou jusqu'à la retraite, non déductibles sur le PEE, sans prélèvement à l'entrée.
En théorie, un dirigeant éligible peut donc recevoir jusqu'à 47 579,40 € par an de son entreprise via ces trois dispositifs, sans impôt sur le revenu à l'entrée. En pratique, l'intéressement atteint rarement le plafond individuel, car il dépend de la formule, des résultats et de la répartition entre tous les salariés.
Exemple chiffré : 11 534 € de trésorerie, trois façons de les sortir
Prenons Julien, 36 ans, président d'une SAS de conseil à La Rochelle qui emploie trois salariés. Il est rémunéré, sa société est à l'impôt sur les sociétés et dégage un bénéfice confortable. Il dispose d'un budget de 11 534,40 € (avant impôt sur les sociétés) à sortir de la société. Ce montant correspond exactement aux deux abondements maximaux de 2026.
Nous retenons un taux d'impôt sur les sociétés de 25 % et une tranche marginale d'imposition de 30 %. Les chiffres sont arrondis et donnés à titre d'illustration.
- Option 1, abondement PEE et PERECO : la société verse 11 534 €, déductibles de son résultat. Après CSG CRDS de 9,7 %, environ 10 416 € sont placés au nom de Julien, sur une épargne bloquée.
- Option 2, dividendes : les 11 534 € de bénéfice supportent d'abord l'impôt sur les sociétés de 25 %, puis le PFU de 31,4 %. Julien dispose d'environ 5 934 €.
- Option 3, rémunération supplémentaire : la société dépense 11 534 €, déductibles. Après cotisations patronales et salariales puis impôt sur le revenu, Julien dispose d'environ 4 400 €.
L'écart est net : pour un même effort de la société, l'épargne salariale fait arriver près de deux fois plus de capital dans le patrimoine de Julien que les dividendes. Pour obtenir ces abondements, il doit toutefois verser lui même 3 844,80 € sur ses plans (1 281,60 € sur le PEE et 2 563,20 € sur le PERECO).
Cette comparaison a ses limites. Le salaire ouvre des droits à la retraite et à la protection sociale, ce que ne font ni les dividendes ni l'épargne salariale. Et l'argent de l'épargne salariale est bloqué. L'objectif n'est donc pas de tout remplacer, mais de combiner les leviers selon vos projets.
La fiscalité à la sortie
À la sortie du PEE (après cinq ans) ou du PERECO (à la retraite), le capital versé n'est pas soumis à l'impôt sur le revenu. Seules les plus values sont soumises aux prélèvements sociaux, dont le taux est passé de 17,2 % à 18,6 % au 1er janvier 2026 avec la hausse de la CSG sur les revenus du capital. Certaines plus values anciennes conservent les taux historiques.
Le PEE peut être débloqué avant cinq ans dans plusieurs situations prévues par la loi : mariage ou PACS, naissance ou adoption d'un troisième enfant, acquisition de la résidence principale, création ou reprise d'entreprise, divorce, invalidité, ou encore, depuis la loi du 29 novembre 2023 sur le partage de la valeur, travaux de rénovation énergétique de la résidence principale. Le PERECO, lui, peut notamment être débloqué pour l'achat de la résidence principale.
Pour un dirigeant de 30 ou 35 ans qui projette d'acheter sa résidence principale dans les années à venir, le PEE devient ainsi un outil d'apport particulièrement efficace.
Ce qu'il faut surveiller dans les budgets 2027
En septembre 2026, une piste de taxation de l'épargne salariale a été évoquée : des cotisations sociales auraient été dues au delà de 3 000 € par an et par dispositif. Le gouvernement avait alors précisé qu'aucun arbitrage n'était rendu. Selon les premières analyses du PLFSS 2027 déposé en octobre, l'intéressement, la participation et l'abondement ne sont pas visés par la réduction des allègements de charges. Le texte prévoit en revanche une réécriture des règles du forfait social, dont la portée exacte dépendra des débats.
Rien n'est voté à ce jour. Le texte sera examiné par l'Assemblée nationale puis par le Sénat jusqu'en décembre. Deux enseignements toutefois :
- les versements effectués en 2026 relèvent des règles actuelles ;
- les plafonds d'abondement sont annuels : ceux de 2026 non utilisés au 31 décembre sont perdus.
Comment le mettre en place avant la fin de l'année
- Vérifiez l'éligibilité : au moins un salarié en plus de vous, moins de 250 salariés, et une trésorerie disponible suffisante.
- Choisissez un teneur de compte et les supports de placement (fonds diversifiés, gestion pilotée, fonds solidaires).
- Rédigez le règlement du PEE et du PERECO, en fixant le taux d'abondement. Il doit être identique pour tous les salariés placés dans la même situation.
- Effectuez votre versement personnel, puis faites verser l'abondement par la société avant le 31 décembre.
- Anticipez l'intéressement pour 2027 : formule, critères, répartition, dépôt sur la plateforme TéléAccords.
N'oubliez pas un point essentiel : l'abondement profite aussi à vos salariés s'ils versent sur le plan. C'est un levier de fidélisation, mais aussi un coût à budgéter.
Les erreurs fréquentes
- Mettre en place un plan sans salarié : le dispositif n'est pas valable et les exonérations peuvent être remises en cause.
- Réserver un abondement plus généreux au dirigeant : le taux doit être uniforme pour tous.
- Oublier le versement personnel : sans versement de l'adhérent, pas d'abondement.
- Bloquer une trésorerie dont la société aura besoin : l'abondement sort définitivement de l'entreprise.
- Ignorer la répartition de l'intéressement quand on ne se verse pas de salaire.
FAQ
Un gérant majoritaire de SARL a accès à l'épargne salariale ?
Oui. Le gérant majoritaire, travailleur non salarié, peut adhérer au PEE et au PERECO de sa société et bénéficier de l'intéressement, à condition que l'entreprise emploie au moins un salarié et moins de 250.
Je suis seul dans ma société. Quelle solution ?
Sans salarié, les dispositifs collectifs ne sont pas accessibles. D'autres leviers existent, comme le PER individuel, l'arbitrage entre rémunération et dividendes, ou une holding. Une étude de votre situation permet de choisir.
L'abondement est il soumis à cotisations sociales ?
Non, hors CSG et CRDS de 9,7 %. Le forfait social est nul dans les entreprises de moins de 50 salariés qui ne sont pas tenues de mettre en place la participation.
Peut on utiliser le PEE pour acheter sa résidence principale ?
Oui. L'acquisition de la résidence principale fait partie des cas de déblocage anticipé du PEE et du PERECO.
Mes versements sur le PEE sont ils déductibles de mon revenu ?
Non pour le PEE. Sur le PERECO, les versements volontaires peuvent, sur option, être déduits du revenu imposable dans la limite des plafonds épargne retraite.
Conclusion : un levier à intégrer dans votre stratégie de rémunération
L'épargne salariale n'est pas un gadget réservé aux grandes entreprises. Pour un dirigeant de TPE ou de PME qui emploie au moins un salarié, c'est l'un des moyens les plus efficaces de transformer la trésorerie de sa société en patrimoine personnel. Combinée à une politique de rémunération réfléchie, à une holding ou à un PER, elle permet de financer vos projets : résidence principale, investissements, retraite.
Chaque situation est différente. Le bon dosage dépend de votre statut, de vos résultats, de vos salariés et de vos projets. Les performances des supports financiers ne sont pas garanties et le capital investi peut fluctuer.
Vous êtes dirigeant à La Rochelle, en Charente Maritime ou ailleurs en France, et vous voulez savoir si l'épargne salariale a sa place dans votre stratégie ? Prenez rendez vous avec le cabinet BEBIEN Patrimoine pour une étude personnalisée, avant le 31 décembre pour profiter des plafonds 2026.
Thibault Bebien, fondateur de BEBIEN Patrimoine, conseiller en investissements financiers (CIF), ORIAS 25000893. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil personnalisé. Chiffres à jour au 19 octobre 2026.
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